Billets de la rubrique Couturiers
28 jan. Isadora Duncan, un esprit et un corps en liberté
Le musée Bourdelle accueille actuellement une exposition consacrée à Isadora Duncan. Son affranchissement de la rigidité des codes de la danse s’accompagne également à l’époque d’une libération du corps. La liberté de la danseuse influence ainsi certains couturiers de la Belle Epoque qui apprécient la grâce de cette artiste qui danse pieds nus, sans corset, en tenue légère ou même sans.
En 1907, Madeleine Vionnet s’inspire de la danseuse pour réaliser sa première collection chez Doucet composée de vêtements proches des déshabillés qui rompent avec les silhouettes habituellement corsetées. Isadora Duncan se noue d’amitié avec Paul Poiret (le tout Paris leur prête d’ailleurs une liaison). Durant sa célèbre soirée « Les Festes de Bacchus » donnée au pavillon du Butard, elle interprète une aria de Bach qui laisse les convives de Poiret émus aux larmes. L’année suivante, lorsque le couturier perd son fidèle bras droit Rousseau, elle improvise en hommage une chorégraphie sur la marche funèbre de Chopin. Une performance qu’elle avait toujours évitée par superstition. 15 jours plus tard ses enfants meurent dans un accident. Elle meurt elle-même tragiquement en 1927 lorsque son écharpe se prend dans les roues de sa décapotable.
Si vous souhaitez découvrir cette artiste hors norme, son époque et les artistes qu’elle inspira (Antoine Bourdelle, Edward Steichen, Eugène Carrière, etc.), rendez-vous au musée Bourdelle avant le 20 mars prochain.
Isadora Duncan, une sculpture vivante, musée Bourdelle, 01 49 54 73 73
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14 jan. Les petites mains de Madeleine Vionnet
Ce jeudi 14 et vendredi 15 janvier, Madeleine Vionnet est une nouvelle fois à l’honneur. Mais derrière elle, se cache encore aujourd’hui une armée de petites mains. Pas les 1200 cousettes de sa maison de couture mais les 60 personnes qui ont travaillé à la remise en état et à la conservation du fonds exceptionnel de l’UCAD (Musée des Arts Décoratifs) consacré à la couturière. C’est la restauration de cet ensemble incomparable de plus de 225 pièces Vionnet qui était à l’ordre du jour de ce colloque organisé conjointement par l’UCAD et l’Institut du Patrimoine. Un travail colossal rendu possible grâce au mécénat de Natixis. La méthodologie et les restaurations ont ainsi été détaillées mettant en avant les contraintes liées à la technique même de la créatrice. En effet, l’impact des matières utilisées par leur nature même (tulle, gaze de soie, etc.), les conséquences de l’application de broderies sur ces tissus, ou encore de l’utilisation de la coupe en biais faisaient de cet exceptionnel chantier de restauration un véritable défi pour les équipes de Maximilien Durand, responsable de la conservation et de la restauration de l’UCAD. Le résultat est à la hauteur de l’ambition.
Pour comprendre l’art de Madeleine Vionnet, le colloque a bien entendu donné la parole à Pamela Golbin – qui a assuré le commissariat de l’exposition de l’UCAD - ; mais a surtout donné l’occasion aux personnes présentes d’écouter Betty Kirke, la grande référence sur Madeleine Vionnet. C’est avec beaucoup de plaisir que nous avons religieusement écouté cette historienne américaine expliquer l’approche géométrique de cette technicienne de la mode. Betty Kirke a ainsi démontré la recherche d’un vêtement premier à travers l’utilisation de formes géométriques (carrés, rectangles, cercles) en présentant une série de patrons de robes et de manteaux. La salle a soudainement pris conscience de la pureté de cette abstraction mathématique quand l’assistante de Betty Kirke enfila une simple toile basée sur un patron formé de rectangles. Sous les indications de l’historienne, le tissu devint en instant un magnifique manteau-cape. L’évidence du génie.
Musée des Art Décoratifs (www.lesartsdecoratifs.fr) / Insitut du Patrimoine (www.inp.fr)
Retrouvez notre sélection de documents sur Madeleine Vionnet en cliquant ici.
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16 déc. Rose Bertin et Charlotte Picot se battent comme des chiffonniers
Le dimanche 15 avril 1781, une bataille prit place dans le bien nommé salon de la guerre du palais de Versailles! Deux ennemies qui y attendaient le passage de la famille royale s’y croisent. Leurs noms: Rose Bertin et Charlotte Picot. Leurs fonctions: marchandes de mode. Ce qui se passa ce jour-là n’est pas clair et donna lieu à plusieurs procès qui durèrent jusqu’en 1784 (du jugement de la prévôté de l’Hôtel de Versailles, jusqu’à l’appel devant le Grand Conseil qui entraina une nouvelle audience). Charlotte Picot accusa Rose Bertin devant les tribunaux de l’avoir insultée et de lui avoir craché au visage. L’affront aurait été tel que mademoiselle Picot en aurait perdu connaissance pendant plus d’une demi-heure. Rose Bertin, toutefois célèbre pour ses colères se défendit de cette accusation. Elle était alors la marchande de mode de la reine et Charlotte Picot ne lui était pas inconnue. C’était en effet son ancienne première ouvrière qui avait quitté sa boutique pour s’installer à son compte et séduisait une partie de sa clientèle. Un affrontement commercial qui se transforma en bataille de chiffonniers au coeur même du palais de Versailles. Les marchandes de mode manquent parfois d’élégance…
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17 oct. High Style : Betsy Bloomingdale and the Haute Couture
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Betsy Bloomingdale, femme de Alfred P. Bloomingdale (héritier des fameux grands magasins) et cliente haute couture de 1961 à 1996 a pendant 30 ans fait des dons au musée du Fashion Institute of Design and Merchandising de Los Angeles qui lui consacre aujourd’hui une exposition. La garde robe de Madame Bloomingdale se composée de pièces Dior (par Marc Bohan ou Grianfranco Ferre), Givenchy, Balmain, Yves Saint-Laurent et Courrèges. 60 tenues sont exposées de même que des photographies ou des croquis de couturiers. Outre le style jet set de Betsy, l’exposition s’intéresse au monde de la couture de ces 3 décennies. A partir du 21 octobre, Musée du Fashion Institute of Design and Merchandising de Los Angeles. |
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06 juil. Vente Elsa Schiaparelli : belles pièces, prix élevés
Les murs de la salle 1 de Drouot étaient aujourd’hui recouverts de tissu rose Shocking à l’occasion de la vente Schiaparelli. L’étude Cornette de Saint Cyr y dispersait de nombreuses pièces importantes de la couturière. Sous l’oeil de Marisa Bérenson, la petite fille de la créatrice, les enchères ont atteint des sommes élevées. La veste dessinée par Jean Cocteau pour Schiaparelli et brodée par Lesage en 1937 (lot 200) fut le record de la vente en atteignant 140 000 euros. Une robe à tournure en soie à rayures horizontales noires et roses de l’été 1939 (lot 155) fut adjugée à une experte parisienne pour 63 000 euros vraisemblablement pour le compte d’un musée étranger. Inès de la Fressange fut très active durant les enchères et remporta une dizaine de pièces de Schiaparelli, notamment le poudrier téléphone (lot 293) créé par Salvador Dali pour 26 000 euros. En mai dernier, l’ancien mannequin avait déclaré à la presse canadienne qu’on lui avait demandé d’aider à la résurrection de la marque. Si jamais la belle Inès les avait finalement achetées pour elle-même, on ne doute pas qu’elle saurait les porter avec une certaine élégance…
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23 juin. Vernissage Madeleine Vionnet à l’UCAD
La perspective d’une exposition Vionnet nous avait fortement réjouis en sortant des expos Rykiel ou encore Valentino… L’influence de la couturière française dans l’histoire de la mode est en effet incroyable et cette technicienne du vêtement n’avait jamais été mise à l’honneur par un musée parisien. Et depuis l’exposition marseillaise de 1991 et la lyonnaise de 1995, le fonds exceptionnel légué par la couturière à l’UCAD (Musée des arts décoratifs) sommeillait et n’avait jamais été présenté dans son intégralité. Grâce à un mécénat spectaculaire de Natixis, l’ensemble des pièces Vionnet du musée ont pu être restaurées. Le parti pris de l’exposition a été de se baser sur le regard de Madeleine Vionnet sur son oeuvre et de ne présenter au public que les modèles choisis par Madeleine Vionnet lors de son legs en 1952. La couturière avait en effet gardé depuis ses débuts les robes qu’elle estimait représenter les moments forts de sa création. Plus de 130 pièces sont ainsi exposées. On saluera la scénographie signée Andrée Putman (dont la mère était d’ailleurs une cliente de Vionnet) qui permet grâce à un système de miroirs de voir enfin le dos des robes exposées. Un aspect loin d’être anodin sachant que les modèles présentés ne sont garnis d’aucune fermeture. Une élégance rare alliée à un souffle de liberté. Une animation souligne les recherches quasi-architecturales d’un vêtement premier en montrant comment à partir de 4 carrés de tissus naît la robe mouchoir.
On ne peut que conseiller de courir à cette exposition! D’autant plus que les impératifs de conservation voudraient que les modèles exposés soient ensuite gardés à l’ombre pour plusieurs lustres.
L’exposition Madeleine Vionnet, puriste de la mode dure jusqu’au 31 janvier 2010 au musée des Arts décoratifs www.lesartsdescoratifs.fr
Retrouvez notre sélection de documents sur Madeleine Vionnet en cliquant ici.
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24 avr. Olivier Theyskens chez Schiaparelli
Diego Della Valle a racheté la maison Schiaparelli fin 2007 et depuis le monde de la mode s’interroge sur les projets du propriétaire de Tod’s . Il y a quelque temps la rumeur voulait que la direction artistique soit confiée à l’anglais Giles Deacon mais depuis peu c’est le nom d’Olivier Theyskens qui circule avec insistance. Le belge récemment débarqué de Nina Ricci semble se spécialiser dans la reprise de vieilles gloires de la couture parisienne.
La maison Schiaparelli offre un intérêt évident puisque le patrimoine peut favoriser une diversification rapide via les parfums et les bijoux. Les codes sont facilement identifiables (le rose schocking, le surréalisme et Mae West) et déjà exploités sur le site web de la maison.
Moins connue que sa rivale Chanel, « cette artiste qui crée des robes » (selon les mots de Coco) n’en a pas moins eu un parcours fascinant et reste une personnalité marquante de la couture. Pour en savoir plus la lecture de son autobiographie Shocking life est un incontournable. Le livre a été réédité par le V&A il y a peu et nous proposons bien-entendu la version originale sur notre site.
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22 mar. Bergé retire Saint-Laurent du Grand monde de Warhol
Pierre Bergé a retiré du « Grand monde de Warhol », les 4 portraits de Saint-Laurent appartenant à sa fondation. L’ancien compagnon du couturier n’est en effet pas satisfait par la place accordée à ces toiles par le commissaire de l’exposition Alain Cueff. Pour être précis, ça n’est pas l’emplacement des toiles qui gêne mais le fait d’avoir intellectuellement rangé Yves Saint Laurent dans la section « Glamour » de l’exposition aux côtés d’Armani, de Rykiel ou d’Hélène Rochas. Impensable dans la démarche de canonisation de Saint Laurent menée par Pierre Bergé. Yves Saint-Laurent se doit figurer au Panthéon des artistes maudits et non ailleurs. Bergé use donc de son droit de propriétaire et prive les visiteurs des tableaux. Rassurez-vous, il y en a encore 250. Bergé fait ce qu’il veut de ses oeuvres mais si ça continue, il va devenir compliqué de dire qu’Yves Saint-Laurent était couturier. Et puis au fond à quoi bon s’agiter? Dans Yves Saint-Laurent, il y a déjà »saint »…
Le Grand monde d’Andy Warhol, à partir du 18 mars 2009 au Grand Palais.
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21 mar. Exposition Valentina – American Couture And The Cult of Celebrity
Grande couturière des années 30 et 40, Valentina est une figure quelque peu oubliée de la mode américaine. L’exposition que lui consacre le Musée de la Ville de New York est donc l’occasion de découvrir ce personnage fascinant. Valentina Schlee (1899 – 1989) arrive à New York en 1922, son lourd accent ukrainien met fin rapidement à ses ambitions théâtrales mais elle gardera tout au long de sa carrière le sens de la mise en scène. Sa beauté exotique et son goût parfait en font rapidement une une figure clé d’une couture américaine encore balbutiante. Elle habille les plus grandes stars : Norma Shearer, Gloria Swanson, Marlene Dietrich, Katherine Hepburn et surtout Greta Garbo. Son style est emblématique de l’élégance new yorkaise de ces années 30 mais se démarque par une grande simplicité et un sens pratique très novateur.
Valentina doit une grande partie de son succés à un incroyable sens de la publicité. Elle est l’incarnation de sa maison et pose elle-même avec ses robes dans les magazines comme le montre cette photo de Horst pour un numéro de Vogue. Elle habille les stars mais elle en fait surtout ses amies et devient un membre incontournable de la haute société new yorkaise. La presse modaine guette chacune de ses apparitions et lui garantit une publicité phénoménale. Valentina devient une icone du style et inspire nombre de ses clientes.
L’exposition est très riche et de nombreuses pièces n’avaient jamais été présentées auparavant. On y retrouve des robes, dessins et photographies qui proviennent des grands musées new-yorkais mais aussi de la collection des héritiers de Valentina. L’exposition est accompagnée d’un excellent livre de Kohle Yohannan chez Rizzoli.
Il faut souligner la scénographie qui est particulièrement réussie avec un jeu de correspondance graphique entre la typographie de Valentina et les cables d’acier qui soutiennent les plateformes. On apprécie surtout la proximité avec le vêtement présenté sans vitrine, un plaisir rare dans les expositions de mode.

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