Une petite tradition familiale voulait que lorsqu’un membre de la famille était cité dans le Monde, on se réjouisse de cette publication en disant « untel a les honneurs du monde ». L’article « La mode crée son univers culturel » paru le 6 février 2008 a permis à Diktats de renouer avec cette habitude familiale. C’est ainsi avec beaucoup de plaisir que nous avons lu les lignes suivantes « Rien à voir avec ces lieux plus confidentiels que sont par exemple la librairie du musée de la mode et du textile, à Paris ou Diktats, caverne d’Ali Baba pour livres rares et précieux ». Un article qui a permis à de nombreux curieux de venir découvrir quelques-uns de nos trésors exposés sur notre site internet.
10h30, avenue Montaigne, l’aboyeuse annonce le 1er modèle, le défilé commence. Les mannequins traversent le 1er et deuxième salon puis terminent devant le grand escalier. Cette première collection de Christian Dior compte 170 modèles et décline 2 thèmes : “Huit” et le fameux “Corolle”. Le premier défilé le matin est stratégique : il est réservé à la presse exclusivement. Il y a ensuite un défilé pour les acheteurs non privés et les fabricants américains l’après-midi. Le lendemain est consacré aux acheteurs européens. Le service de presse est sur les dents: il faut caser près de 200 invités, certains sont même assis dans les escaliers.
Monsieur Dior n’assiste pas aux défilés dans le salon, il s’est réfugié dans la cabine des mannequins où Madame Zehnacker lui rapporte les réactions des invités.
Carmel Snow, rédactrice légendaire du Harper’s Bazaar a pris place sur la fameuse banquette d’honneur avec 2 de ses collaborateurs. Son avis fait autorité même si on murumure qu’elle somnolle pendant les défilés. Très vite les réactions sont bonnes, Christian Dior ne veut pas y croire et se bouche les oreilles pour ne pas entendre les applaudissements de plus en plus reguliers. Carmel Snow reste impassible, semble même ailleurs.
15h00, à la surprise générale Carmel Snow revient chez Dior. Elle demande à revoir une dizaine de robes qu’elle décrit avec une grande précision. Aprés les avoir minitieusement observées elle retourne à l’hôtel San Regis, elle appelle Christian Dior et lance son célèbre “your dresses have such a new look, my dear Christian, it is a revolution !”
La formule fait date. Certains acheteurs américains qui etaient déjà repartis après avoir lu ces commentaires reprennent l’avion pour Paris pour (re)voir la collection. le succès est tel que des défilés seront organisés pendant plusieurs mois pour la clientèle privée.
Fondée en 1907 par Maurice Leloir pour doter Paris d’un musée du costume, l’association avait reçu en 1977 un joli cadeau d’anniversaire : voir son musée s’installer dans le palais Galiera. Trente ans plus tard, c’est la société de l’histoire du costume qui gâte les amateurs de mode en leur permettant de se procurer un ouvrage de référence depuis longtemps épuisé.
Son fondateur avait en effet entrepris d’écrire une histoire du costume de l’antiquité à 1914. Maurice Leloir fait finalement paraître avec le concours de la société de l’histoire du costume, 5 volumes entre 1933 et 1949 qui couvrent la période de Louis XIII à Louis XVI. Numérotés de VIII à XII, chaque volume contient 80 pages de texte dans lesquelles l’auteur analyse le costume et illustre ses démonstrations à l’aide de coupes et de dessins. Quarante planches en couleurs reproduisant des tableaux ou des gravures de mode accompagnent l’ouvrage édité sous chemise. Bien que la technique d’impression utilisée ne rende guère hommage aux œuvres originales, ces livres sont une documentation de très grande qualité.
On ne peut donc que se réjouir que pour fêter le centenaire, le tome XI, consacré au règne de Louis XV 1725-1774 fasse l’objet d’une réédition.Pour s’offrir ce cadeau d’anniversaire, il vous faudra 180 euros et contacter la société de l’histoire du costume au Palais Galieria (10, Avenue Pierre Ier de Serbie, 75116 Paris).
La Révolution Française a donné lieu à des phénomènes de mode quelque peu excessifs mais particulièrement intéressants. Les Incroyables et Merveilleuses sont les plus connus mais on peut également citer cette tendance morbide qui a consisté à honorer à travers la mode la mémoire des guillotinés. Il y eut tout d’abord les fameux bals des victimes où ne pouvaient se rendre que ceux ou celles qui pouvaient prouver avoir perdu un proche sur l’échafaud. Les invités devaient saluer d’un mouvement sec de la tête à la manière des condamnés qui placent leur tête dans la guillotine. Les jeunes gens et jeunes filles se faisaient couper les cheveux ras la nuque comme l’avait institué la toilette des condamnés (coiffure à la victime). Ce fut aussi la mode des schalls rouge en souvenir du schall de Charlotte Corday lors de son exécution. Comble du bon goût cette jeunesse dorée arborait un fin ruban rouge « à la victime » autour du cou évoquant les corps décapités. Ces tendances scandalisèrent bon nombre de commentateurs, un siècle plus tard Octave Uzanne parlait encore d’une « infâme comédie » et d’une « bouffonnerie navrante ».
Il est surtout intéressant de noter comment ces artifices en se diffusant ont perdu leur caractère éminemment idéologique. Cette planche du Journal des Dames et des Modes (1797) que nous avons récemment acquise figure une ceinture « à la victime » qui est devenu un simple accessoire de mode vidé de sa substance contre-révolutionnaire.